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Intelligence artificielle et RH: Silence, on vous flique

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Le salon Unleash (HR Tech) de Londres de mars dernier était un incroyable mais aussi inquiétant révélateur des technologies qui vont révolutionner les RH. Après la vague de digitalisation du recrutement, l’objectif du recrutement 100% digital n’est pas loin.

Depuis quelques mois, des technologies apparaissent visant à maximiser en continu l’expérience collaborateur.

Les applications de feedback en continu permettent aux collaborateurs de donner leur avis et de communiquer en continu leur état de bonheur ( !) et d’engagement… Ces données sont ensuite rendues disponibles en temps réel aux managers au moyen de magnifiques tableaux de bords chamarrés. Aucune saute d’humeur du staff ne pourra passer inaperçue, aucun feedback ne sera perdu, aucune donnée ne sera inutilisée.

On le sait tous : ce sont les croisements qui génèrent le plus de risques d’accidents et de dérapages… Et la tentation de croiser ces données de feedback à celles d’autres sources est grande. En voici quelques exemples :

  • cartographie des déplacements dans l’entreprise afin d’identifier la nature et l’efficacité des contacts avec les autres collaborateurs
  • scan des emails et « sentiment analysis » permettant de déterminer l’état d’esprit du corps social à un moment et d’affiner l’analyse sur les interactions sociales
  • mesure des constants corporels et croisement avec l’indicateur précédent… (je transpire et mes pupilles sont dilatées = oui, je suis en colère). A quand l’analyse d’urine automatique afin de compléter la détection avancée de comportements déviants ?
  • tout aussi rapidement, évaluation des collaborateurs basée sur plus de 978 variables et prévision en temps réel du comportement et de l’efficacité.

La liste s’allonge à mesure que les technologies se développent.

La technologie qui libère? 
Un mensonge

La promesse de notre libération par la technologie est en fait un mensonge que les éditeurs de solutions mais aussi certaines directions des ressources humaines entretiennent soigneusement.

Quand elles sont poussées trop loin, les technologies digitales et l’intelligence artificielle en particulier nous enchainent dans l’immédiateté et dans l’impossibilité de prendre du recul pour mieux comprendre et analyser.

L’immédiateté donne un faux sentiment de contrôle et celui qui croit contrôler est lui aussi sous contrôle. La société qui se dessine au travers des technologies digitales ressemble étrangement à celle dépeinte par les futurologues pessimistes. Peut-être  faut-il mieux  écouter nos historiens, sociologues et philosophes pour bien comprendre la nature des enjeux qui sont devant nous. Je vous invite à lire  un très bon article d’Henry A. Kissinger qui donne, je crois, la vraie mesure de ces enjeux.

Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas tenter l’expérience digitale en RH. Au contraire, les nouvelles technologies vont permettre de pouvoir passer plus de temps sur ce qui compte vraiment dans la fonction RH : le support, le conseil, l’accompagnement, l’écoute.

Mais si les collaborateurs se sentent espionnés en permanence, je doute franchement que le niveau d’engagement qu’ils expriment quotidiennement à travers les mesures en continu soit une traduction fiable de l’engagement véritable : être engagé restera toujours le résultat d’une direction qui écoute, qui donne du sens et qui inspire vers un futur partagé.

L’engagement, c’est aussi pouvoir faire ce que l’on fait de mieux et d’avoir des perspectives de développement. C’est aussi être autonome et avoir la latitude de prendre des risques et de sortir des sentiers battus.

L’intelligence artificielle et le feedback continu tentent (risquent ?) de remplacer les fonctions essentielles du management : écouter avec empathie, partager sa vision avec l’équipe, inspirer.  Pourquoi ne pas commencer par là, en développant ces compétences chez  les managers plutôt qu’en les substituant  par de l’analyse de données impersonnelle et fragmentaire ?

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